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dimanche 4 mars 2012

Bert Kruismans


Il faut quand même l’oser : arriver sur scène en brandissant le drapeau flamand, au son du Vlaamse Leeuw (voir le bonus ci-dessous) devant un public uniquement composé de francophones. Mais avec l’humour, on peut (presque) tout se permettre et comme il le dit lui-même, « Je suis flamand, mais je viens en paix ». Directement reconnaissable à sa moustache digne d’Hercule Poirot, Bert Kruismans est une super star en Flandre. Homme de radio et de télé, cet humoriste a remporté en 2011 la finale de l’émission De Allerslimste Mens ter Wereld, qui réunissait les meilleurs participants des huit saisons de De Slimste Mens ter Wereld (L’homme le plus intelligent du monde), un quiz de la VRT dont les candidats sont des personnalités flamandes. Bert Kruismans a d’abord fait le tour des salles de spectacle flamandes avec son one-man-show België voor beginners (La Belgique pour les débutants) avant de tenter en 2009 une percée à Bruxelles et en Wallonie avec La Flandre pour les nuls (1). Et la percée a réussi. La tournée est d’ailleurs toujours en cours. Premier humoriste belge à dérider le public tant au nord qu’au sud du pays, Bert Kruismans a depuis multiplié les collaborations de ce côté de la frontière linguistique : le livre bilingue Foert, non di dju ! avec Pierre Kroll, le Café serré qu’il sert tous les lundis sur les ondes de La Première, des chroniques dans l’émission 50 degrés nord… Bert Kruismans, c’est la preuve vivante pour les francophones qu’on peut être sympa ET drôle ET flamand. 

(1) Pour l’émission The Voice, c’est le contraire : en Flandre, c’est The Voice Vlaanderen alors que pour les francophones, c’est The Voice Belgium. C’est vrai que The Voice Fédération Wallonie-Bruxelles, c’est un peu long comme titre…


Le Bonus flamand
Le Vlaamse Leeuw est l’hymne officiel de la Communauté flamande. Ecrit en 1847, ce chant s’inspire du roman d’Hendrik Conscience (pionnier de la littérature flamande), De Leeuw van Vlaenderen (Le Lion des Flandres), sorti en  1838 et retraçant la bataille de Courtrai, dite bataille des éperons d’or. Cette bataille opposa en 1302 les milices flamandes (soutenues notamment par des combattants namurois) au roi de France Philippe IV. C’est donc à l’origine contre les volontés d’expansion française que le lion sort ses griffes.


lundi 6 février 2012

René Magritte

Autour du Palais Royal et de la Grand-Place de Bruxelles, on ne voit plus que ça : des petits sacs bleu ciel ornés du logo du Musée Magritte Museum, trimballés par des touristes tenant en général dans l’autre main une gaufre, un paquet de frites ou un autre sac plein de chocolats. On peut reprocher beaucoup de choses à Michel Draguet (1), mais il faut reconnaître que son idée de consacrer un musée au prince belge du surréalisme s’est avérée payante, dans tous les sens du terme. Moins d’un an après son ouverture, en juin 2009, le musée comptait déjà un demi-million de visiteurs. Magritte (1898-1967), tout le monde le connaît et le reconnaît. Son vocabulaire visuel – chapeaux melon, pommes, grelots, oiseaux, feuilles… – est directement identifiable. Magritte, tout le monde l’aime. Il a suffisamment de maîtrise technique pour qu’on puisse difficilement dire « et ça va, hein, moi aussi je peux faire ça ». Ses scènes imaginaires sont à la fois énigmatiques et accessibles à tous. Et en plus, il avait de l’humour. A propos de son fameux « ceci n’est pas une pipe » (La Trahison des images), il a un jour déclaré : « Pouvez-vous la bourrer, ma pipe ? Non n’est-ce pas (…) Donc si j’avais écrit sous mon tableau ’ceci est une pipe’, j’aurais menti ». Frôlant en plus la perfection au niveau de l’équilibre communautaire, il a laissé des peintures murales à Knokke (Casino), à Charleroi (Palais des Beaux-Arts) et à Bruxelles (Palais des Congrès). Et puis, une exposition rétrospective de son vivant (en 1965) au prestigieux MoMa de New-York, ça booste la reconnaissance, au niveau national et bien au-delà. Magritte est tellement belge qu’on en est même venu à inverser la vapeur en déclarant que la Belgique est « terre de surréalisme ». Ce qui est souvent pratique pour expliquer l’incompréhensible. 
(1)    Dont la plus évidente est, bien sûr, la fermeture, depuis le 1er février 2011, de la toute section Art Moderne et contemporain des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique. Un blog suit l'évolution du dossier. 

Le Bonus flamand
Des artistes belges qui ont été exposés de leur vivant au MoMa de New York, il n’y en a pas beaucoup. Jan De Cock, né en 1976, a eu lui aussi cet honneur, en 2008. L’année d’après, c’est le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles qui lui a ouvert ses salles. Complexe, son travail se décline en projets qui touchent à la fois à l’installation, à l’architecture, à la sculpture et à la photographie. Bien que né à Bruxelles (Etterbeek), Jan De Cock est bien mieux connu des Flamands que des francophones. 



dimanche 22 janvier 2012

Les courses chez Colruyt

De Koksijde à Verviers, de Neerpelt à Quaregnon, les Belges sont des milliers, des dizaines de milliers à se laisser bercer chaque semaine de doux « La commande numéro 418 est prête à la boucherie/ Bestelling nummer 418 is klaar aan de beenhouwerij », promenant leur charriot aux poignées orange sous une lumière blafarde, grimpant s’il le faut sur un casier renversé pour atteindre les rouleaux de papier toilette, complétant de manière lisible le formulaire de la boucherie susmentionnée, grappillant joyeusement dans les bacs de dégustation remplis de chips ou de morceaux d’ananas (et personne pour vous faire les gros yeux si vous repassez trois fois), frissonnant à force d’hésiter au rayon des fromages et attendant patiemment que le caissier, toujours souriant, ait fini de transférer leurs achats dans un autre caddie. Franz Colruyt, boulanger près de Hal, a commencé par une activité de grossiste en alimentation avant d’ouvrir son premier magasin discount à Bruxelles, en 1965. C’est le fait qu’il s’adressait à des professionnels, désireux de s’approvisionner à moindre coût et de manière efficace, qui explique les charriots plats (où les tenanciers de night-shops rivalisent aujourd’hui d’adresse pour construire les plus improbables pyramides de nourriture) et la présentation rudimentaire des produits. En 2009, 2010 et 2011, Test-Achat a placé Colruyt en tête du hit-parade des grandes surfaces les plus avantageuses. En temps de crise, ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd.  Petite déception : depuis 1998, Colruyt n’est plus un privilège belge. Le groupe est actuellement bien implanté dans l’est de la France et compte une enseigne au Luxembourg. 

Le Bonus flamand
Pour préparer sans chichis les produits achetés sans chichis, les Flamands peuvent faire confiance à Jeroen Meus. Dans son émission Dagelijkse kost (« la nourriture de tous les jours », « l’ordinaire »), il explique en dix minutes une recette simple qui donne l’eau à la bouche. Ce jeune chef très médiatique présente également Plat préféré, pour lequel il part à la recherche des plats favoris de célébrités décédées. Il a également réalisé un documentaire sur la pomme de terre intitulé De Patat


mercredi 11 janvier 2012

Bruxelles

Bruxelles est sans doute la plus grande épine fichée dans le pied de tous ceux qui caressent des plans démoniaques pour scinder la Belgique. Car Bruxelles n’est ni vraiment flamande ni vraiment francophone, ou plutôt : elle est à la fois flamande et francophone. Bruxelles est la capitale de la Flandre. Celle-ci y a installé son parlement,  le siège de son gouvernement et son administration.  Et pourtant,  on estime que les Flamands représentent à peine 10 % de la population bruxelloise. Une étude publiée en 2010 avançait même le chiffre de 5,3 %. Imaginez Namur, capitale de la Région wallonne, peuplée de 5 % de Wallons, où les francophones devraient parler le néerlandais pour se faire comprendre de commerçants hélas rarement bilingues. D’un autre côté, c’est indéniable, Bruxelles est géographiquement en Flandre. Le Wallon qui veut atteindre la Région bruxelloise n’a pas le choix : il doit franchir la frontière linguistique, marquée par un lion toutes griffes dehors qui salue le passant d’un « De provincie Vlaams Brabant heet U welkom », et ensuite parcourir quelques kilomètres en territoire néerlandophone. Et comme Bruxelles est géographiquement en Flandre, il est logique que sa langue originelle, ce savoureux dialecte appelé familièrement « le brusseleir », soit bien plus proche du néerlandais que du français.  
Dans un hypothétique grand partage du pays, on ne voit pas qui pourrait renoncer à cette ville-région de plus d’un million d’habitants, où 80.000 personnes sont demandeuses d’emploi mais où  environ 360.000 navetteurs  (2/3 de Flamands, 1/3 de Wallons) affrontent quotidiennement les embouteillages pour aller travailler, là où battent concomittamment le cœur de la Belgique et le cœur de l’Europe.


Le Bonus flamand
Alleï, un peu de vocabulaire :
 -beek (comme dans Schaerbeek, Etterbeek, Moortebeek, Heembeek…) = ruisseau
-molen (comme dans Molenbeek, Vellemolen…) = moulin
-berg (comme dans Kauwberg, Hof ten Berg, Treurenberg, Sippelberg, Tomberg, Arenberg…) = montagne
-weg (comme dans Dieweg, Middelweg, Trassersweg …) = chemin



samedi 17 décembre 2011

Stromae

Est-ce lui ou Elio qui a remis le nœud pap’ à la mode ? Il a un style vestimentaire digne de Screech (ceux qui n’ont pas passé leur adolescence devant la télé au début des années 90 ne comprendront probablement pas cette référence), une voix que beaucoup comparent à celle de Jacques Brel, des racines belgo-rwandaises et la formule magique pour faire danser les foules sur des paroles totalement déprimantes. Le Maestro Stromae, de son vrai nom Paul Van Haver, a réussi à conquérir toute la Belgique et à rayonner bien au-delà des frontières nationales avec un seul titre : Alors on danse, désigné « tube de l’année 2010 » aux MIA’s, les Music Industry Awards  qui récompensent le monde musical flamand, et classé numéro 1 des hit-parades en France, en Autriche, aux Pays-Bas, en Italie, en Suisse, en Allemagne et au Danemark. Preuve ultime de son succès international : les Black Eyed Peas ont jeté sur lui leur dévolu pour assurer leur première partie de leurs concerts au Stade de France en juin dernier. Certains chanteurs français ont dû « être verts »…
Non content de faire exploser les ventes de son premier album Cheese, le jeune Bruxellois a fait parler de lui dans tous les potins people en  formant un couple des plus glamours avec Tatiana Silva, Miss Belgique 2005, devenue ensuite présentatrice météo sur la RTBF et participante en 2010 à la version flamande de l'épreuve de survie sur une île déserte en mode télé-réalité, Expeditie Robinson. Deux symboles nationaux ensemble, c’est quand même assez rare. Quand est-ce qu’ils font un bébé ?


Le Bonus flamand
Devinez quel était le tube de l’année aux MIA’s 2011 ? Somebody That I Used to Know, de Gotye. Parce que, si certains l’ignoraient encore, Gotye est flamand, ou plus exactement, il est né en Flandre, à Bruges, et a quitté la Belgique pour l’Australie quand il avait 2 ans. Gotye, c’est sa manière à lui d’écrire Gauthier, équivalent français de son vrai prénom, Wouter. 


mercredi 30 novembre 2011

L’esperanto belge : Premier

Le premier Premier, Léon Delacroix (1918-1920). 
Avant lui, on parlait de « Chef du Cabinet »
Encore un mot français utilisé par les Flamands ! (promis, la prochaine leçon d’esperanto belge sera un mot néerlandais répandu chez les francophones). Si pour les francophones, « premier » est un bête adjectif numéral ordinal qui peut s’appliquer plus ou moins à n’importe quoi, pour les Belges néerlandophones, le terme ne désigne qu’une chose, et en l’occurrence une personne : le Premier ministre. Ce qui veut dire que non seulement nous partageons le mot, mais aussi « l’objet », puisque jusqu’à preuve du contraire (et ces derniers temps, c’était pas gagné, n’est-ce pas ?), le Premier ministre est le chef du gouvernement fédéral de Belgique et donc de TOUS les Belges. Le seul hic : depuis que les partis politiques belges se sont scindés en partis flamands et partis francophones (1), c’est un homme politique (jusqu’à présent, aucune femme n’a été en lice) flamand qui a fait campagne en Flandre OU un homme politique francophone qui a fait campagne chez les francophones qui se retrouve du jour au lendemain à devoir veiller aux intérêts - parfois difficilement compatibles - des Flamands ET des francophones. Mais il paraît que le statut de Premier ministre belge possède une sorte de caractère magique, qui fait disparaitre en moins de deux toute trace de tendances flamingantes. Si Elio arrive enfin au bout du tunnel, on pourra observer les effets éventuels  de l’entrée au 16 rue de la Loi sur un francophone. Ce n’était plus arrivé depuis 1978, avec Paul Vanden Boeynants, dit VDB, qui avait toutefois des racines flamandes : ses parents, bouchers, étaient originaires de Malines. 
(1) En 1968 pour les catholiques, en 1973 pour les libéraux, en 1978 pour les socialistes.


 
Le Bonus flamand
 Ivan De Vadder et Indra Dewitte, 
les présentateurs de De zevende dag

La une a Mise au point, RTL TVI a Controverse. La Flandre a bien sûr elle aussi sa grande émission de débats centrés sur la politique, diffusée le dimanche en fin de matinée : De zevende dag (« Le septième jour ») sur één. Rien de tel pour se mettre en appétit avant un bon rôti…

vendredi 11 novembre 2011

Spéculoos

Il existe deux hypothèses plausibles quant à l’origine du mot spéculoos (en néerlandais, on dit speculaas). Selon la première, le nom des biscuits viendrait du latin speculum signifiant « miroir », puisque ces douceurs sont comme des « images », traditionnellement moulées en forme de personnages, en général Saint-Nicolas ou Père Fouettard. La seconde lie le spéculoos à un autre mot latin, species, « épices », étant donné que la recette de cette spécialité belge exige, outre la farine, le beurre et la cassonade (de préférence de la cassonade Graeffe, que dans certaines régions on appelle « la cassonade Gamin », en référence au petit garçon qui figure sur le paquet), un mélange savant d’épices qui contient notamment de la cannelle et du clou de girofle pilé. Il ne faut  pas confondre les spéculoos et les couques de Dinant, elles aussi moulées dans des formes diverses, mais où le miel remplace la cassonade.
Dans mes souvenirs, les spéculoos, c’était toujours ce qui partait en dernier dans les boîtes d’assortiment de biscuits, une fois qu’on avait bâfré ceux au chocolat, les sablés et les cigarettes russes. Ce qu’on mangeait par dépit en quelque sorte. Mais ces dernières années, le spéculoos semble avoir le vent en poupe et être ultra tendance dans les cuisines : tiramisu, glace, crème brulée, cheesecake, mousse…. tous se déclinent en goût spéculoos, sans parler des associations paraît-il succulentes avec le foie gras ou le fromage de chèvre poêlé. Les puristes achètent leurs spéculoos de la marque Lotus pour les quantités industrielles et chez Dandoy quand ils veulent vraiment se faire plaisir. 



Le Bonus flamand
Les finalistes de De Bedenkers 2007
La pâte de spéculoos à tartiner a réussi à se faire une petite place au rayon du choco. La recette commercialisée par Lotus a en fait été mise au point par une certaine Els Scheppers, qui a présenté publiquement son invention en 2007 dans le cadre de l’émission De Bedenkers (« Les Inventeurs ») sur la VRT. Els a été troisième finaliste. C’est le Sliplift, un enfile-slip qui permet aux personnes handicapées de se reculotter seules, qui a gagné le premier prix. 


mardi 1 novembre 2011

Primitifs flamands

Autoportrait présumé de Jan Van Eyck, 
avec un beau fichu sur la tête
Non, ceci n’est pas une injure. C’est une appellation utilisée en histoire de l’art pour désigner une série de peintres du XVe siècle, très soucieux du détail et utilisant une technique révolutionnaire pour l’époque : la peinture à l’huile. Mais pourquoi – me direz-vous – parler des primitifs flamands dans un blog censé traiter de sujets concernant TOUTE la Belgique ? Eh bien – répondrais-je – parce que les primitifs flamands ne sont pas flamands dans le sens où on l’entend aujourd’hui. Si Jean (Jan) Van Eyck a probablement vu le jour  à Maaseik, dans l’actuel Limbourg, et s’est éteint à Bruges, Rogier Van der Weyden (appelé aussi Rogier de la Pasture) est né à Tournai et est mort à Bruxelles, ville où meurt également Hugo Van der Goes, originaire de Gand. Il faut dire qu’au XVe siècle, la géographie de l’Europe ne ressemblait pas vraiment à ce qu’elle est aujourd’hui. La Belgique actuelle, mais aussi une partie du nord de la France et du sud des Pays-Bas appartenaient alors aux ducs de Bourgogne (Jean sans Peur, Philippe le Bon, Charles le Téméraire, ça ne vous rappelle pas vos cours d’histoire ?) et formaient ce qu’on a appelé « les Pays-Bas bourguignons ». Ces territoires ont par la suite régulièrement changé de propriétaires (Habsbourg d’Espagne, Habsbourg d’Autriche…) mais sont restés relativement unifiés pendant plusieurs siècles, ce qui explique notamment que les Belges partagent encore aujourd’hui quelques points communs avec les Français du Nord : tartines de maroilles et chicorée, carillons, « je te dis quoi » et autres spécificités énumérées dans Bienvenue chez les Ch’tis.



Le Bonus flamand
L’Adoration de l’Agneau Mystique de Van Eyck  est sans doute l’œuvre la plus célèbre de ces primitifs flamands.  Elle est conservée à Gand dans l’imposante cathédrale Saint-Bavon (Sint-Baafs en néerlandais), de style gothique. Saint Bavon, moine et ermite décédé à Gand en 654, est le saint-patron de la ville. 


mardi 25 octobre 2011

L’esperanto belge : chance

« Chance dat het niet regent ! » Voilà ce qu’un Flamand peut dire, par exemple un jour d’automne où il se rend en famille au parc Plopsaland De Panne et qu’il a oublié à la maison le sac avec tous les K-Way. « On a de la chance qu’il ne pleuve pas ! » Un Néerlandais ne dira pas « chance ». D’ailleurs, il n’y a aucun mot de « vrai » néerlandais qui commence par ch-. Ceux qu’on trouve dans le dictionnaire Van Dale sont des termes empruntés au français (champagne, chauffeur, charlatan, charmant…), à l’anglais (checken, choke, chip…), issus du grec (chaos, choréographie, chronologie...) ou d’autres langues  encore. En « vrai » néerlandais, on dit « geluk », « Geluk dat het niet regent ».
Et la preuve vivante du fait que les Belges se mélangeaient jadis bien plus qu’aujourd’hui (*), c’est bien sûr Philippe Geluck, le dessinateur et humoriste hyper célèbre chez les francophones, qui s’est même – oh reconnaissance suprême ! - exporté en France en collaborant avec Michel Drucker et Laurent Ruquier, mais que les Flamands connaissent à peine, même s’ils ont déjà eu l’occasion de voir Le Chat sur des boîtes de chocolats Galler et qu’il existe plusieurs traductions en néerlandais des albums de ce félin philosophe. En tout cas, dans la famille Geluck, on n’a pas oublié ses racines : le fils de Philippe, meneur du groupe Coco Royal, a pris comme nom d’artiste Antoine... Chance. 

(*) Autres exemples de personnalités francophones portant un nom flamand : Jean-Claude Van Cauwenberghe, Jacques Van Gompel, Claude Despiegeleer...
 
Le Bonus flamand
On peut sans doute considérer Kamagurka (de son vrai nom Luc Zeebroek) comme l’équivalent flamand de Philippe Geluck.  Les deux hommes ont quasiment le même âge, sont connus pour leurs dessins humoristiques édités dans la presse (Le Soir pour Geluck, Humo pour Kamagurka, principalement) et leurs interventions dans des talk-shows. En plus, ils ont tous les deux des enfants qui font de la musique. Ceux de Kama forment le groupe Hong Kong Dong. 

mercredi 12 octobre 2011

Tintin

Tout le monde en parle ! Le 22 octobre,  la planète entière aura les yeux rivés sur la Belgique, et plus particulièrement sur l’événement prestigieux qui se déroulera au cinéma UGC de la place De Brouckère, en plein cœur de Bruxelles : l’avant-première du film Les aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne de Steven Spielberg, en présence du réalisateur et de Jamie Bell (le Billy de Billy Elliott), qui « incarne » le célèbre reporter. Il aura fallu pratiquement 30 ans à Spielberg pour voir aboutir son idée d’adapter au cinéma les aventures du héros né en 1929 sous le crayon d’Hergé. Avant lui, bien des cinéastes caressant le même projet - Claude Berri, Jean-Pierre Jeunet, Jaco Van Dormael… - se sont cassé les dents contre les barrières d’acier que Fanny Remi, la seconde femme d’Hergé, et Nick Rodwell, époux de cette dernière, ont dressé autour de leur juteux héritage : les droits d’exploitation et les droits dérivés de l’œuvre du dessinateur bruxellois.
Des polémiques autour de Tintin et d’Hergé surgissent régulièrement. Le personnage n’en demeure pas moins un ambassadeur de premier ordre de la bande dessinée belge, bien connu à travers tout le pays. C’est en 1946 que sont publiées les premières traductions, en néerlandais, de Tintin en Amérique, de L’Oreille Cassée et de L’Île Noire. Les lecteurs Flamands découvrent alors Kuifje (« toupet », « houppe »  -  il n’y a qu’en néerlandais que la traduction du nom du personnage s’éloigne autant de l’original), son chien Bobbie et plus tard les détectives Jansen et Janssen, Haddock, le Professeur Zonnebloem…
A plus de 80 ans, Tintin pète toujours la forme. Fera-t-il mieux que les Schtroumpfs ?


Le Bonus flamand
La couverture du 255e tome de Jommeke
Il est blond, son animal de compagnie est un perroquet, il est super populaire en Flandre, mais les tentatives pour  lui faire passer la frontière linguistique (sous le titre Gil et Jo) ont échoué : c’est Jommeke, créé en 1955 par Jef Nys. Tenez-vous bien : il existe à ce jour plus de 250 albums de cette série. C’est bien représentatif d’une des caractéristiques de la bande dessinée flamande, née dans la presse quotidienne : un rythme de production hyper soutenu.

mercredi 5 octobre 2011

Studio 1

Comme le déclarait Yves Leterme en août 2006, dans une interview* pour Libération qui a fait un petit tollé chez les francophones, en Belgique, nous partageons encore une équipe de foot. Les Diables Rouges. Mais en foot, nous avons aussi un championnat national en commun, appelé officiellement « Jupiler Pro League », Jupiler étant un autre concept bien compris par tous les Belges. Ce qui fait qu’une grande partie de la population, essentiellement masculine, regarde les mêmes matchs à la télé. Et après le match, jusqu’à il y a peu, une partie des téléspectateurs poursuivait immanquablement la soirée avec Studio 1, la seule émission - récemment rebaptisée -  qui se retrouvait à la fois sur la grille des programmes de la RTBF et de la VRT. Bon, évidemment,  il ne s’agissait pas vraiment de la même émission : le 1 du Studio se prononçait « één » chez les uns et « un » chez les autres, les présentateurs et les commentaires n’étaient pas les mêmes, etc. Mais pour avoir une seule émission, il faudrait sans doute que tous les amateurs de foot soient bilingues et ça, comme le soulignait Monsieur Leterme dans l’interview mentionnée ci-dessus, on n’en est pas vraiment là. Rappelez-vous : un an après ses fameuses déclarations dans Libération, Leterme, supporter des Rouches, est allé voir au su et au vu de tous un match du Standard avec son meilleur pote du moment, Didier Reynders. Ironique, n’est-ce pas ?

*Yves Leterme, alors Ministre-président flamand mais pas encore  « Monsieur 800.000 voix », déclarait notamment : « apparemment les francophones ne sont pas en état intellectuel d'apprendre le néerlandais ». Ce qui en a poussé certains à s’efforcer de lui prouver le contraire. 



Le Bonus flamand
F.C. De Kampioenen a même sa fresque BD à Bruxelles
Oui, les Flamands peuvent être kitch. La preuve ultime, c’est  F.C. De Kampioenen, la série la plus longue et la plus populaire de la télévision publique flamande, lancée en 1990 et dont le dernier épisode (le 273e) a été diffusé le 26 février 2011. Cette série humoristique autour d’un petit club de foot a été déclinée en bandes dessinées (plus de 60 albums) et adaptée au cinéma. 

samedi 1 octobre 2011

Les frères Dardenne

Luc est à gauche et Jean-Pierre à droite. Si, si, je suis certaine
Franchement, vous savez les reconnaître? Vous savez qui est Luc et qui est Jean-Pierre ? Avec la certitude de ne pas vous tromper ? Pas facile : on les présente quasiment toujours ensemble. Avec les Borlée (dont nous reparlerons), les Dardenne méritent probablement le titre de  « frères les plus célèbres de Belgique ». Il faut dire que deux Palmes d’or (ils ont frôlé un record historique en passant pas loin de la troisième cette année), un Prix du scénario et un Grand Prix au Festival de Cannes, ça aide à se faire connaître, aussi bien en Flandre qu’en Wallonie. Chouchous des critiques et des médias, les Dardenne peinent pourtant à trouver leur public en Belgique. C’est que Luc et Jean-Pierre, en cinéastes engagés, ne font pas dans le joyeux : accident mortel et travail au noir (La promesse), licenciements et alcoolisme (Rosetta), vente et rachat de bébé (L’enfant), mariages blancs et mafia (Le silence de Lorna)… Avec en toile de fond le décor industriel sinistré de Seraing, la ville où les deux frères ont grandi.
Nul n’est prophète en son pays, dit-on. Les films des Dardenne, qui ont révélé  entre autres Jérémie Renier, Olivier Gourmet, Emilie Dequenne et Déborah François, constituent la preuve de cette loi malheureusement implacable : on ne peut pas devenir une star du cinéma en Belgique francophone sans d’abord passer par un succès en France. Attention : cette loi n’est pas du tout applicable à la Flandre, qui défend son propre cinéma avec une redoutable efficacité. 

 
Le Bonus flamand
Pour son rôle dans Rundskop, Schoenaerts a pris 27 kilos
Dans les films susceptibles de représenter la Belgique aux Oscars, Le gamin au vélo des Dardenne était en bonne place. Mais c’est finalement Rundskop (Tête de bœuf), premier long métrage de Michaël R. Roskam, qui a été choisi. Le film – sur la mafia des hormones - doit beaucoup à l’interprétation de Matthias Schoenaerts, jeune acteur anversois qu’on a pu voir notamment dans Any Way the Wind Blows de Tom Barman et Loft d’Erik van Looy.
La bande-annonce de Rundskop